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Les Gallo-Romains
et la mort
Les Gallo-Romains croyaient en une forme de survie après
la mort.
Avant de mourir, certains Gallo-Romains faisaient leur testament
afin de régler leur succession, leurs funérailles,
l'aspect de leur tombeau et son entretien, les repas funéraires,
etc. L'exécuteur testamentaire se chargeait de réaliser
les volontés du défunt.
Les funérailles étaient payées par la
personne décédée ou sa famille. Les gens
de condition modeste s'associaient en collège funéraire
qui, moyennant une cotisation, prenait en charge les frais
de la sépulture (achat du terrain, aménagement
et entretien de la tombe, repas et offrandes périodiques).
Les personnages importants de la communauté recevaient
parfois l'hommage de funérailles publiques.
Les nécropoles se situaient le long des voies et, comme
l'exigeait la loi romaine, à l'extérieur de
la cité. Le défunt était amené
au cimetière sur une civière portée par
ses proches. L'inhumation et l'incinération coexistaient.
Le rite de la crémation était prédominant
au cours des deux premiers siècles de notre ère.
Seuls les bébés dont les dents n'avaient pas
percé étaient inhumés quelle que soit
l'époque (vitrine 2). A partir du 3e siècle
ap. J.-C., l'inhumation devint la règle, sans doute
sous l'influence des cultes orientaux et du christianisme (vitrine 5).
Dans le cas d'une incinération, le mort était
déposé sur un bûcher à ciel ouvert (1) avec des objets personnels (vêtements, bijoux) et des
récipients contenant des aliments (vitrine 3). Pendant
la crémation, des plantes aromatiques et des parfums
contenus dans de petites fioles étaient jetés
dans le feu. Puis les ossements recueillis étaient
placés dans une urne (2) qui était déposée
dans une fosse accompagnée d'une partie des objets
brûlés. Le plus souvent l'urne était un
récipient en céramique ou en verre (vitrine
1), réalisé primitivement pour un usage domestique,
parfois un coffret en bois (vitrine 3); il s'agit rarement
d'un réceptacle fabriqué pour un usage funéraire.
Lorsque le défunt était inhumé (3) , il était
souvent placé dans un cercueil de bois (vitrine 4); l'usage
de sarcophages en pierre ou en plomb, rares dans nos contrées,
n'intervient que tardivement. Le corps reposait en général
sur le dos, moins fréquemment sur le ventre ou sur
le côté. Des offrandes étaient souvent
déposées dans le cercueil ou dans la fosse,
mais nous n'en avons qu'une vision partielle car seuls subsistent
en général les objets en matériaux non
périssables tels que la céramique, le verre
ou le métal; nous ne trouvons que rarement les traces
d'aliments ou d'objets en vannerie, en cuir, en bois ou en
tissus.
Une fois la tombe refermée, son emplacement était
matérialisé afin de la signaler à l'attention
des vivants, de faire respecter son caractère inviolable
et de permettre de rendre hommage au disparu (nos 1 à
8). Le marquage de la sépulture prenait des formes
diverses: stèle de pierre ou de bois, simple tertre de pierres ou de terre, mais aussi édicule ou mausolée.
Les stèles comportaient le plus souvent une épitaphe
gravée accompagnée ou non de motifs sculptés.
La formule initiale de l'inscription Dis Manibus, souvent
abrégé par D M, consacrait la tombe aux dieux
mânes du défunt, soit les âmes des morts;
venaient ensuite le nom de ce défunt, parfois sa filiation
et son âge, sa profession, ses titres honorifiques,
puis finalement le nom de la personne ayant réalisé
le monument. Généralement le défunt était
représenté seul, éventuellement accompagné
de son épouse ou de son fils; parfois, il figurait
exerçant sa profession. Sous l'Empire, le rôle
des portraits funéraires était de conserver
la mémoire du défunt.
Certaines stèles s'agrémentaient d'une ornementation
symbolisant l'immortalité de l'âme : laurier,
oiseau, astre. Pour les personnages fortunés, l'emplacement
de la tombe pouvait être indiqué par une construction
monumentale comprenant les statues des défunts, comme
sur le site d'En Chaplix. De tels monuments étaient
entourés de jardins, ornés de statues, parfois
de bassins et protégés par un mur.
Espace inviolable et sacré, la tombe et son domaine
demeuraient la propriété du défunt. A
intervalles réguliers, le culte rendu aux morts se
concrétisait par des repas offerts lors des parentalia (du 13 au 21 février) ou par des libations (acte religieux
consistant à répandre un liquide).
Plusieurs des nécropoles d'Aventicum sont connues.
La plus monumentale et la plus riche semble avoir été
celle de la Porte de l'Ouest, où furent notamment trouvés
les vestiges de plusieurs chapelles funéraires et bon
nombre de stèles, ainsi que la tombe d'une jeune chrétienne.
La nécropole du Port, située près du
lac, comptait une quarantaine de sépultures modestes;
peut-être était-elle réservée aux
ouvriers du port ? La nécropole d'En Chaplix située
au bord de la voie quittant la ville par la Porte du Nord-Est
comportait environ deux cents sépultures dont les offrandes
témoignent d'une situation socio-économique
élevée.
Plan d’Aventicum avec l’emplacement de ses nécropoles
1. Stèle funéraire en pierre calcaire de Visellia
Firma, érigée par ses parents (4). La fillette est
décédée à l'âge d'un an
et cinquante jours.
2e siècle ap. J.-C. Nécropole d'En Chaplix.
Cat. inscriptions n° 13.
2. Base surmontée d'une pomme de pin en pierre calcaire,
placée au sommet du petit monticule recouvrant une
tombe. La pomme de pin était un symbole d'immortalité.
Nécropole de la Porte de l'Ouest.
3. Stèle funéraire en pierre calcaire de Iulia Censorina, érigée par son père.
Deuxième quart du 1er siècle ap. J.-C.
Cat. inscriptions n° 15.
4. Stèle funéraire en pierre calcaire de Marcus Alpinius Virilis.
1er -3e siècle ap. J.-C. Nécropole de la Porte de l'Ouest.
Cat. inscriptions n° 14.
5. Stèle funéraire en pierre calcaire de Decimus Iulius Iunianus, érigée par son épouse (5).
1er - 3e siècle ap. J.-C. Nécropole de la Porte de l'Ouest.
Cat. inscriptions n° 11.
6. Stèle funéraire en pierre calcaire de Flavia Severilla, érigée par son époux. Elle est décédée à l'âge de trente-six ans (?).
Probablement 3e siècle ap. J.-C. Nécropole de la Porte de l'Ouest.
Cat. inscriptions n° 12.
7. Stèle funéraire en pierre calcaire, fragmentaire, avec la représentation en buste d'un couple.
Ici, seule la tête de l'homme nous est parvenue. Sur le socle, disparu, se trouvaient les noms des défunts. La coiffure et les caractéristiques stylistiques de la tête permettent de dater la stèle du début du 2e siècle ap. J.-C.
Début du 2e siècle ap. J.-C. Nécropole de la Porte de l'Ouest.
8. Monument funéraire familial, dont provient ce bloc sculpté en pierre calcaire et composé à l'origine de trois blocs superposés placés dans une niche encadrée par des pilastres. Seul le bloc supérieur nous est parvenu, passablement érodé. Un couple est présenté, les visages se faisant face. Ce genre de représentation n'est pas rare et dans plusieurs cas un enfant se trouve entre l'homme et la femme. Ici, seul le haut de sa tête est encore visible. La mère pose sa main droite sur la tête de son fils, tandis que le père, dans une attitude similaire, tient un rouleau de manuscrit dans sa main gauche. L'attitude des deux époux fait référence au geste d'union des mains droites (dextrarum junctio) symbolisant le mariage. Dans un contexte funéraire, ce geste rappelle l'union du couple dans la vie comme dans la mort.
Deuxième moitié du 2e siècle ap. J.-C.
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